Mercredi, mai 7, 2008
Logiciel libre : contribuer ne veut pas dire donner sans attendre
Alors que j’avais terminé mon billet précédent, la présentation «Du don à la contribution comme mode de participation dans les communautés épistémiques» de Anne Goldenberg de l’UQAM enchaînait naturellement avec les réflexions que m’avaient suscité la dernière conférence et m’apportent un autre côté de la médaille.
En fait, Anne Goldenberg essaie de savoir si les contributions aux logiciels libres et différentes communautés de savoir (wikis, blogues, etc.) sont un don ou une collaboration. Elle a mis beaucoup de temps à nous exprimer la distinction entre les deux, sas doute pour qu’on comprenne sa prise de position; malheureusement, j’ai dû être distraite, car je ne saurais vous dire si finalement la participation à différentes construction du Web est un don ou une contribution.
Néanmoins, la jeune femme a touché nombre de «vérités», des observations évidentes, mais qui, mises ensemble, suscitent la réflexion. Encore une fois, les personnes ayant été présentes à la même conférence pourraient me reprocher de dévier un peu du sujet… Je rappelle donc gentiment qu’il faut faire la distinction entre ce qui a été dit et comment je l’interprète…
Quelques observations préalables :
- La gratuité et la possibilité d’utiliser et de donner à son goût est importante. Les participants ont un goût pour l’intérêt collectif… Il y a un plaisir à faire partie prenante d’un tout.
- Notion d’anonymat : si les contributions (temps, connaissances, énergies) à un logiciel libre sont volontaires et théoriquement philanthropes, ils identifient leurs contributions et cherchent à savoir qui fait quoi. On veut reconnaître les autres.
- Les contributeurs ne travaillent pas avec peine. Ils travaillent par passion, et que ce sur ce dont ils ont envie (ouh! point important!) et que sur les projets dont ils perçoivent une utilité.
- Il y a de nombreuses discussions sur l’utilité des contributions sur des pages de discussions, en commentaires de modifications, sur des listes de discussion dédiées ou [grand classique] sur des canaux irc.
Bref, on s’implique parce qu’on le veut bien et que ça nous apporte quelque chose. Rassemblées autour d’un objectif commun, ces communautés n’existent pas grâce à des plateformes sociales. Elles existent, peu importe les outils disponibles, et sont reliées par des sens communs.
La hiérarchie des communautés
Donc, si la communauté est la somme des interactions entre les différents participants, on peut donc inférer que ces échanges sont primordiaux aux yeux de tous. En d’autres mots : il faut faire partie de la bande. À tel point que, et ça c’est Mlle Goldenberg qui le mentionnait, que «notre don risque d’être rejeté si on est pas imbriqués dans la communauté»!
Cela veut dire que les contributions (et leur auteur) doivent obtenir l’aval de l’ensemble de la communauté pour qu’elles soient utilisées! On a beau avoir codé un superbe ajout à un logiciel libre, si on ne vous aime pas, on aime pas votre ajout non plus. Bref, autour des contributions et de leur documentation, il y a une certaine politisation associée à la négociation de l’utilité des contributions.
Reconnaissez-moi donc
Et autant qu’on ne laisse pas contribuer qui veut et comme il veut (il faut en parler quand même, éh!), on ne veut pas contribuer pour rien. Ok, il y a notre fierté personnelle, mais encore. Anne Goldenberg a bien expliqué que la reconnaissance était un moteur d’action important. Tout cela fait que s’il y a notion d’anonymat par rapport au grand public (qui ici sait le nom de tous les contributeurs des logiciels libres qu’il utilise?), on n’est pas anonyme dans son milieu…
J’imagine donc que Anne Goldenberg avait pour conclusion que si les contributions aux «communautés épistémiques» sont des dons, ce ne sont pas des dons anonymes et complètement désintéressés…
Vous êtes libres de commenter cet article si vous estimez que ça vous apportera quelque chose.
Cet article fait partie d’une série de billets publiés dans le cadre de ma présence au Congrès «Web participatif : mutation de la communication?» ayant lieu les 6 et 7 mai 2008 au Centre des Congrès de Québec
Classé dans Univers technologique
2 commentaires
L’illusion de l’égalité et de la démocratie sur Internet
mai 7th, 2008 at 17:45
[...] tôt dans la journée, Anne Goldenberg a mentionné que notre don pouvait être rejeté/oublié advenant le fait qu’on ne soit pas imbriqués dans la [...]
Wrap-up des billets du Congrès sur le Web participatif
juin 14th, 2008 at 1:54
[...] Logiciel libre : contribuer ne veut pas dire donner sans attendre [...]
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