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Le chant, le théâtre, l’événementiel… ont un fort potentiel marketing

Petit bonheur de la journée: la découverte des performances du groupe Improv Everywhere. Vivant dans une ville de taille moyenne (plus ou moins un million d’habitants), je n’ai jamais eu le plaisir d’assister à ce qu’on appelle en théâtre «un happening», ou encore, en marketing et en relations publiques, du «street marketing». (Bon ok, j’ai personnellement eu le plaisir d’en faire un dans un autobus public vers mes quinze ans, mais ça ne compte pas!)

Improv Everywhere est un petit groupe d’artistes qui s’amusent à revisiter les situations potentielles de théâtre en public. D’ailleurs, alors que j’écoutais frénétiquement les nombreuses performances du groupe, j’ai découvert que ce sont les organisateurs à l’origine de la célèbre vidéo de ces deux cents statues humaines à la Gare Centrale de New York.

Ce groupe a des idées plutôt ingénieuses, comme cette idée d’utiliser les nombreuses vitrines d’une grande surface (voir la vidéo plus haut) ou encore celle d’une mini comédie musicale ayant lieu dans une aire de restauration:

Pour renforcer son image de marque

Outre la valeur artistique de telles performances, j’ai toujours cru au potentiel marketing de telles présentations. Constamment bombardés de publicité, les consommateurs sont de moins en moins réceptifs aux messages des marques; une activité ludique ayant lieu au travers de leur quotidien a un potentiel de rétention beaucoup plus élevé, et ce, avec une seule exposition.

Je ne suis pas la seule à penser cela, puisque certaines agences dans des grandes métropoles se consacrent uniquement à cela. Justement, récemment, Culture Buzz rapportait une magnifique représentation organisée par Lastminute.com ayant eu lieu dans une salle d’attente de l’aéroport de Londres afin de promouvoir son service de planification de vacances à la dernière minute:

Au sein de l’aéroport Stansted de Londres, c’est une comédie musicale qui s’improvise l’espace d’un instant. Filmés par 7 caméras cachées, les 14 acteurs interviennent les uns après les autres dans l’incompréhension générale. Un policier arrive pour ordonner un retour au calme mais il est également complice et se met à chanter à son tour. [...] Pour parfaire le dispositif, les chariots des voyageurs portaient l’inscription : “Quand êtes-vous allé pour la dernière fois au théâtre ?”

Contrairement à la performance théâtrale présentée plus haut, cette dernière présentation a lieu devant un public captif. On parle alors de «wait marketing», c’est-à-dire qu’on atteint notre récepteur lorsqu’il attend, donc qu’il n’est pas engagé dans une activité.

Par contre, dans ce cas précis, je n’ai pas l’impression que la partie intéressante de cette idée réside dans le happening lui-même ni dans son côté wait marketing, mais plutôt dans la distribution Web de la vidéo de l’expérience. Pensons-y: les véritables clients de Lastminute.com sont en ligne, pas dans une salle d’attente d’aéroport, alors que peu des voyageurs ont un accès à Internet et que le moment d’acheter à la dernière minute est déjà passé… Le bénéfice réel de cette publicité non traditionnelle provient donc du visionnement de la vidéo par les internautes et de son côté viral (la preuve: je vous la partage!).

Pourquoi s’intéresser au street marketing?

Néanmoins, ce p’tit musical publicitaire est intéressant à connaître puisqu’il laisse entrevoir l’impact qu’une opération de street marketing peut avoir si elle est bien organisée et bien ciblée. Bien organisé, un seul happening peut représenter un retour sur investissement nettement supérieur à de la publicité traditionnelle. C’est très intéressant, mais, disons-le, on n’est pas habitués d’en faire et on ne sait pas trop comment orchestrer ce genre de communications.

En fait, si on me demandait comment garantir le succès d’une telle opération, je pense que je répondrais qu’il s’agit surtout d’avoir l’humilité de se savoir limités en tant que publicitaires, communicateurs ou marketeux. Bien que l’envie de planifier l’action semble séduisante (on a tous un petit côté artiste!), c’est une bonne idée que de s’en remettre à des auteurs, des producteurs et des metteurs en scène, puisque ce sont eux qui connaissent l’industrie du spectacle, la psychologie du spectateur, la façon d’occuper un espace. Et aussi parce qu’un spectateur, ce n’est pas comme un consommateur. On ne peut pas aller le chercher de la même façon.

Le lien émotif

On vient de parler de la mise en place d’une opération de street marketing, mais comme c’est le cas pour tous les produits de l’industrie du spectacle, ce qu’il faut à la base, c’est une bonne idée. L’objectif: créer un attachement émotif à la marque. Alors, n’escomptez pas augmenter votre notoriété ou fidéliser vos clientèles avec une expérience ni surprenante, ni intéressante, ni amusante! Même que vous pourriez créer l’effet inverse…

Exemple de potentiel marketing

Question d’être concrète, je vous présente une dernière performance d’Improv Everywhere. Le concept: plus d’une centaine d’hommes se sont présentés torse nu chez Abercombie & Fitch, une boutique de vêtements avec un gros département pour hommes. Sur place, bon nombre d’entre eux se sont mis à magasiner… un t-shirt!

Ok, Improv Everywhere n’est pas un groupe qui travaille pour des marques; il n’y avait aucune intention commerciale derrière cette idée, même que leur présence n’a pas été appréciée, la sécurité de Abercombie & Fitch a sommé les hommes de quitter l’établissement.

Par contre, quand on y pense, cette initiative aurait pu créer un incroyable buzz! Pensez-y: plus de cent hommes apparemment en grand besoin d’un t-shirt choisissent de se vêtir à un seul endroit, chez Abercombie & Fitch! D’autant plus que les hommes en torse nu sont pile dans leur image de marque: à l’entrée du magasin, il y une statue d’un homme torse nu, à l’entrée de leur site internet, la photo principale est celle d’un homme torse nu aussi et que leur galerie photo n’a pratiquement que… oui, des hommes torse nu.

statue à l'entrée du magasin Abercombie & Fitch à NYCentrée du site internet

Pourtant, exactement la même opération aurait pu être commandée par le magasin. Même qu’il y aurait pu y avoir une petit parade dans les rues commerciales avoisinantes avant (sans t-shirt) et après (avec un gilet de la tout nouvelle collection!) être allé dans la boutique. N’importe quel magasin ayant une forte clientèle d’hommes aurait été ravi qu’une bonne centaine d’hommes véhiculent un tel message: «J’ai trouvé ce qu’il me fallait chez [nom de leur magasin]»…

Bref, cette vidéo n’est pas une opération de street marketing parce qu’il n’y avait pas de message d’ordre publicitaire, mais si c’était le cas, j’écrirais «Wow! ça c’est du street marketing!»

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À quoi ça sert d’utiliser les nouveaux médias quand on pense encore comme dans les médias traditionnels?

Commençons par une vidéo de Loic Le Meur, qui traite de la relation que pourraient entretenir les marques avec leurs consommateurs, si elles utilisaient [plus/mieux] les médias sociaux:


Maintenant, deux choses:

  • Au-delà de l’application directe dans Seesmic, effectivement, il y a de quoi se poser la question. Les plateformes collaboratives telles que Facebook, YouTube, Twitter, My Space et autres sont des endroits où les utilisateurs créent du contenu sans censure et où ont lieu des discussions sur tout et rien, dont les marques.

    En étant à l’écoute, les marques ont accès à des informations non censurées. De même, en sachant utiliser les sites collaboratifs, elles ont accès à très peu de frais à des consommateurs qui sont habitués d’être eux-mêmes un média.

    Rapidement, le marketeur avisé se rendra compte que si ces discussions libres et spontanées ont une forte valeur à ses yeux parce qu’elles sont sincères, les autres interlocuteurs apprécient tout autant que ces propos n’aient pas été prémâchés… Il faut comprendre que le bouche-à-oreille n’a lieu que lorsqu’on a l’impression que les informations communiquées sont réelles et qu’on a aussi voix au chapitre.

  • Comme Loic le dit, il a été traité comme un VIP. Un peu comme cette histoire entre Jean-François Mercier et Bell Mobilité (voir ici, mais surtout ici). Quand une personne a beaucoup d’influence dans les médias sociaux, elle a autant d’importance qu’une vedette ou un personnage politique: c’est un leader d’influence. On gagne à la contenter, car lorsqu’elle est satisfaite, tout le monde le sait.

C’est bien beau, mais ce n’est pas suffisant.

Pour l’instant, les marques commencent à ressentir l’importance de considérer les médias sociaux dans la gestion de leur image. Cependant, elles les utilisent comme elles utilisent les médias traditionnels! C’est aussi insensé que si on avait voulu, à l’avenue de la télévision, y présenter des spots publicitaires radio.

Il se passe la même chose quand j’utilise une plateforme collaborative pour donner des cadeaux aux personnes ayant la plus forte audience ou que je profite du trafic de cette plateforme pour transmettre un message et espérer que ce sera bien reçu! Oubliez les techniques utilisées dans les médias de masse ou le schéma de Katz and Lazarsfeld… vous pouvez faire mieux!

Bon ok: les idées de Katz et Lazarsfeld ne sont pas désuetes pour autant… il est vrai qu’un leader d’influence est susceptible d’avoir plus de relations et d’accélérer le bouche-à-oreille. Je me rappelle entre autres avoir déjà écrit un billet sur une campagne qui utilisait ce principe

N’empêche que si on veut utiliser les médias sociaux, il est beaucoup plus audacieux de viser tous les utilisateurs d’un même réseau, et non pas seulement ceux que l’on juge les plus importants. Comme je l’ai dit plus haut, le bouche-à-oreille n’a lieu que lorsqu’on a l’impression que les informations communiquées sont réelles et qu’on a aussi voix au chapitre. Et de nos jours, la force du bouche à oreille est telle qu’elle peut surpasser (ou même annuler!) une opération marketing ou une grosse campagne de pub.

Gare aux galvaudeux

Galvaudeux: Personne misérable qui vit d’expédients (définition d’Antidote RX).

Beaucoup trop d’agences de publicité se disent “Web 2.0″ parce qu’elles utilisent les médias sociaux. Pourtant, elles ne comprennent pas les principes qui en sont les fondements. Mais pouvez-vous me dire –et je me répète– à quoi ça sert d’utiliser les nouveaux médias quand on pense encore comme dans les médias traditionnels?

À mon sens, la grande idée d’une stratégie marketing n’est pas tant dans le choix d’un nouveau média que dans la façon dont on va l’utiliser.

En résumé

L’utilisation de l’expression “Web 2.0″ n’est pas seule à être galvaudée; les concepts marketing qui y sont rattachés le sont tout autant.